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Posté dans Actualité le 12 janvier 2007Ayant peu de temps, je me concentre sur le site www.protectionnisme.eu Rendez-vous là-bas pour l’instant !
Ayant peu de temps, je me concentre sur le site www.protectionnisme.eu Rendez-vous là-bas pour l’instant !
Pendant que les “experts” dissertent sur les bienfaits du libre échange, voici ce qu’en pense ceux qui sont confrontés au problème. J’ai trouvé ce témoignage sur le site du Monde, en réaction à l’article d’Artus, Cohen et Pisani-Ferry :
ex licencié du textile (c’est la signature)
06.12.06 | 16h24
“Les produits français et d’Europe de l’Ouest sont plus chers en raison des lois sociales alourdissant les couts. Le protectionnisme c’est aussi protéger cela. Je préfère payer mes chaussettes plus cher et avoir moins de voisins au chomage. C’est un choix de société. Quand présidents, PM ou ministres de droite ou de gauche allaient en Turquie, Chine ou Inde vendre Airbus et Mirages, les médias taisaient l’ouverture de quotas textiles. D’où chomage et abstention ou vote Le Pen des sacrifiés.”
Tout est dit !
Vous trouverez dans Le Monde daté du 13 décembre une tribune que j’ai écrite en réaction à un précédent papier de MM. Artus, Cohen et Pisani-Ferry.
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-844744,0.html
Pour un protectionnisme européen, par Hakim El Karoui
LE MONDE | 12.12.06 | 13h39 • Mis à jour le 12.12.06 | 13h39
Le 21 avril 2002 d’abord, puis le non au référendum européen le 29 mai 2005 ont montré que le rêve de Lionel Jospin d’une alliance des classes moyennes et des milieux populaires s’était transformé en cauchemar. Il y a bien eu alliance, mais contre Lionel Jospin d’abord, puis contre l’ensemble des partis de gouvernement, trois ans après. Cette alliance s’explique par le sentiment de plus en plus prégnant d’une rupture sans retour entre ceux qui dirigent le pays - ces 15 % à 20 % de Français qui sont à l’aise dans la mondialisation, et que leurs professions mettent en première ligne sur le grand marché international des compétences - et les autres. Il faut se féliciter de la réussite des premiers et l’encourager, mais on ne doit pas pour autant faire comme si tout le monde pouvait suivre.
Bien sûr, nos experts n’ont pas cette naïveté. En fait, la seule réponse proposée jusqu’à ce jour, en cohérence avec le système de libre-échange généralisé, c’est d’améliorer notre offre pour permettre aux entreprises et aux salariés français et européens d’être plus compétitifs. D’où des choix qualifiés de “libéraux” en faveur d’une baisse des impôts et des prestations sociales, d’un allongement de la durée du travail, d’une réduction des dépenses de l’Etat, d’un assouplissement du droit du travail et d’un investissement public plus important dans la recherche qui tendent tous vers le même objectif : améliorer la compétitivité française et européenne.
Ce discours repris en choeur par MM. Artus, Cohen et Pisani-Ferry se heurte néanmoins à deux réalités : la première est politique et même tout simplement démocratique. Les Français n’en veulent pas parce qu’ils doutent de l’efficacité de ces remèdes, et parce qu’ils refusent un système parfaitement inégalitaire. Faut-il continuer à ne pas entendre ce message ?
Deuxième difficulté. Le discours convenu sur l’agenda de Lisbonne et sur la spécialisation du Nord dans l’intelligence et la valeur ajoutée se heurte à la nouvelle réalité chinoise qui, selon l’OCDE, vient de dépasser le Japon en termes de dépenses de recherche et développement. La Chine a l’ambition d’être la première nation du monde et, à sa suite, les grands pays émergents ont envie de voir reconnaître leur nouvelle puissance. Cette volonté est légitime, et il serait criminel de ne pas adapter notre action à cette nouvelle réalité. L’inégalité entre le Nord et le Sud ne protège plus les salariés du Nord ; elle les menace au contraire, tout en profitant à l’élite européenne et… chinoise.
Aux Etats-Unis, une nouvelle majorité - démocrate - a été élue à la Chambre avec un discours protectionniste, et il serait interdit en Europe d’évoquer cette option ? Pourtant, l’Europe aurait tout à gagner à ce choix. Politiquement parce qu’il lui permettrait de redonner de la cohérence à son action. L’Europe est le continent le plus libre-échangiste du monde, qui fixe à ses entreprises des contraintes qu’elle n’impose pas aux autres : comment s’étonner dès lors que les Français refusent un système qui les pénalise alors qu’il prétend les protéger ? Ensuite, le protectionnisme européen serait une façon d’édicter enfin un intérêt général européen qui n’existe plus. L’Allemagne, par exemple, a décidé d’améliorer à tout prix sa compétitivité en réduisant la demande intérieure sur son territoire, quitte à pénaliser les entreprises françaises et italiennes qui y exportaient leur production.
Le monde a besoin de frontières claires entre les ensembles régionaux qui pourraient se matérialiser par exemple via des contingents commerciaux. Les Chinois, qui sont ouvertement protectionnistes, et les Américains, qui n’hésitent pas à l’être quand c’est nécessaire, n’hésitent pas à délimiter ces frontières. Et l’Europe et la France devraient par idéologie se tenir à l’écart de ce mouvement ? La question du protectionnisme européen est simple : veut-on une société inégalitaire, sur le modèle de l’Ancien Régime ? Ou veut-on une société de cohésion, où les classes moyennes ont de l’espoir, où les milieux populaires peuvent retrouver le goût de l’avenir, où l’Europe regagne une cohérence plus que jamais nécessaire à l’heure de la nouvelle mondialisation qui commence ? C’est tout l’enjeu de ce débat, qui mérite d’avoir lieu. Et c’est la responsabilité des politiques de le mener.
Hakim El-Karoui, auteur de “L’Avenir d’une exception” (Flammarion, 332 p., 18 €) est ancien conseiller de Jean-Pierre Raffarin à Matignon.
Les réactions des lecteurs du Monde
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B.
14.12.06 | 11h39
L’article de M El Karoui, comme l’appel d’E. Todd constitue l’antienne habituelle de la réthorique antimondialisation : rappelons que le chômage français n’est pas du à la mondialisation, dont l’effet, aussi bien en terme d’emplois que de salaires est marginal pour un pays comme la France, ainsi que toutes les études sérieuses le montrent (il existe en Europe des pays plus mondialisés et avec beaucoup moins de chomeurs…). Le chômage français est du à des causes bien françaises !
Jean R.
13.12.06 | 19h11
Faire venir des Polonais en France, c’est une chance: instruits, travailleurs, ils adhèrent aux valeurs de notre société et créent rapidement de la richesse et de l’activité elle même créatrice d’emplois. Au contraire les masses d’analphabètes immigrés dépendants et difficilement employables, mais protégés par la gôche, ceux là plombent irrémédiablement nos comptes sociaux.
Jules
13.12.06 | 14h44
Savez vous que le plombier de Boston, qui paye sa license à Boston, n’a pas le droit de travailler à New York. Pourquoi, au nom de conceptions Américaines du libre échange, faudrait il laisser travailler le plombier Polonais partout en Europe?
christian : la France peureuse
13.12.06 | 10h39
Le message de l’auteur : Nous n’avons pas les atouts pour faire; nous sommes voués à perdre la bataille; fermons nos frontières et restons entre nous. Va falloir convaincre les Espagnols, les Anglais, les Irlandais ou l’Europe de l’Est qui, eux, relèvent le défi et ne tombent pas dans les bras accueillants de la fermeture des frontières .. les périodes de protectionnisme ont toujours été accompagnées de paupérisation / guerre. L’auteur critique meme les mesures qui nous rendraient compétitifs !
paprap
13.12.06 | 10h26
La position de M. El Karoui se défendrait si le système français profitait aux classes populaires. La réalité : 4.5 millions de chômeurs ou sous-employés, 500000 français travailleurs en Grande-Bretagne, un pouvoir d’achat qui recule, une misère omniprésente, et l’absence de mobilité sociale. Aux salariés du secteur marchand, il ne reste même pas 25 % de la valeur ajoutée produite. Le protectionnisme c’est le plus sûr moyen d’arriver à la pauvreté pour tous, sauf quelques nomenclaturistes.
Jean R.
13.12.06 | 10h19
Pour que ce débat ait lieu en UE, il faudrait d’abord que le TCE passe, sinon c’est peine perdue. Et s’il devait y avoir protectionnisme européen, celui ci devrait être particulièrement ciblé pour ne pas nous marginaliser et nous appauvrir encore plus. D’abord en nous protégeant des produits de ceux qui ne respectent pas les règles de l’OCDE.
PK
13.12.06 | 10h11
Très bon article - et surtout questions bien posées - qui tranche avec le politiquement correct des intervenant “bien-pensants” habituels. Je vois déjà poindre les arguments dogmatiques et plein de déni de réalité des détracteurs. Ne leur en déplaise, les “80 %” refusent ce retour insidieux à l’Ancien Régime, où tout appartenait aux nobles et où la servitude de la population leur était due. Pourtant des têtes ont finis par tomber. La seule réalité qui compte est celle ressentie par le peuple.
steve B.
13.12.06 | 09h20
De plus, pourquoi les “inégalités” sont un pb ? est-ce que je regarde mon voisin moi quand je travail et quand je décide de dépenser mon argent ? que les riches deviennent plus riches n’est pas le pb, je m’en fou et je suis bien loin d’en être un voir même pas du tout, ce qui importe c’est de faire en sorte que les pauvres deviennent moins pauvres et que l’ensemble de la classe moyenne augmente son niveau de vie ! détruire le succés au sommet, c’est le condamner au bas de l’échelle, non ??
steve B.
13.12.06 | 09h17
Contre le libre-échange ?? s’il y a bien une chose qui peut sortir la pauvreté de son état actuel c’est bien le libre échange enfin !! qu’est-ce que c’est que cet argument qui reflète une absence de culture économique idigne d’un tel responsable politique ? ainsi le remède consiste à se refermer sur soi et abandonner les incitations au travail ? ah bravo…
platon
13.12.06 | 09h05
Tout est dit dans cet article et je ne peux que me féliciter d’une aussi grande lucidité et d’un autre point de vue type “pensée unique”.
andromede
13.12.06 | 08h11
Excellent article. Chacun sait que les USA sont très protectionnistes, que les Chinois le sont aussi, et les Japonais ! Il n’y a que les Européens, illusionnés par leur patriotisme national archaïque d’une part, par l’idéologie économique ultralibérale d’autre part, pour mettre en pratique l’ouverture des frontières extra communautaires. Nos frontières, nos chiffres du commerce et de notre production ne doivent plus être nationaux mais européens ! Nos candidats doivent s’engager là dessus !
GURA4316
13.12.06 | 08h00
Très bon article et bonnes questions? Veut-on une société inégalitaire? 80% disent non mais l’”élite” oui. Pour le faire accepter par les électeurs sociaux démocrates comptent sur le verbiage compassionnel et la charité publique(allocations, prime de…). Les sarkozistes comptent crument sur la division des 80% en petites communautés hostiles: campagne contre ville, public contre privé, groupes religieux contre laics, jeunes contre vieux.La question ne sera donc pas posée, par eux en tout cas
CHRISTIAN T.
13.12.06 | 00h37
Si les 15 à 20% de Français qui se trouvent à l’aise dans la mondialisation partaient, si l’Europe devenait protectionniste, que deviendraient les 80% “qui ne suivent pas”? Les 80% verraient rapidement que lorsque l’on ne suit pas et qu’il n’y a plus de premiers de cordées, on tombe dans le premier gouffre. Pendant la chute, Sainte Ségo ou Papy Le Pen ne rattraperont pas par les bretelles. On peut aussi se faire nos petits jeux olympiques entre nous et truster toutes les médailles.
FRANCOIS F.
12.12.06 | 23h47
Je ne sais pas si l’Europe est le continent le plus libre-échangiste du monde, avec la politique agricole commune ! Même s’il y a une part de vérité dans cette analyse, les remèdes proposés sont irréalisables en Europe. L’Allemagne, les Pays Bas, le Royaume Unis ont une culture libre échangiste. La France, comme d’habitude refuse le combat en voulant se protéger derrière des lignes Maginot économiques.
Jean-Marc S.
12.12.06 | 22h28
Il ne faut pas confondre le politiquement incorrect et le n’importe quoi.Les travaux en science économique sur la politique commerciale renvoient dos à dos le protectionnisme et le libre échange (concurrentiel, non coopératif). Ils mettent en avant un libre échange coopératif, solution de moindre mal -second best : un échange international construit autour de règles internationales réellement multilatérales. Pas simple certes, trop complexe pour une tribune électorale. Lisez A. Bouet, P. Krugman
JEAN-MARIE
12.12.06 | 22h27
Enfin un discours lucide et curieux dans cet immense océan de dogmatisme convenu (façon ELB)obscurantiste (façon medef) et désespérant (façon “partis de gouvernement”).
Catherine P.
12.12.06 | 21h54
Un article lucide qui rompt avec le “politiquement correct”:c’est réconfortant.Malheureusement ce débat est absent de la campagne électorale et il y a fort à parier qu’il le restera.
LibertéEquitéSolidarité
12.12.06 | 21h51
Il faudra aussi décider nos partenaires européens. Comme il n’y a pas de décisions prises à la majorité, il suffira qu’un seul pays refuse pour qu’il n’y ait pas de protection ; et comme le commerce intracommunautaire est libre de toute entrave, il suffira aux chinois de passer par ce pays pour faire passer leurs produits. Alors, la solution : une ligne Maginot ? Plus quelques fanfaronnades qui donneront lieu à des sourires polis et désabusés ! Plus ça change, plus c’est la même chose !
Lou
12.12.06 | 18h31
Enfin un point de vue qui prend en compte l’ensemble du problème de la compétitivité mondiale sans verser dans la caricature protectionniste. Face aux discours économiquement correctes à la mode des “jusqu’au boutiste” libéraux ça fait du bien de lire quelqu’un de lucide. La nouvelle mondialisation ne peut se permettre de laisser sur le bord du chemin 80% des gens. La montée des partis extrèmistes en Europe et dans le monde est un premier avertissement.

Point de vue
L’air du protectionnisme électoral, par Patrick Artus, Elie Cohen, Jean Pisani-Ferry
LE MONDE | 05.12.06 | 13h31 • Mis à jour le 05.12.06 | 13h31
edonner vie à la préférence communautaire” (Nicolas Sarkozy, 29 mai 2005). “Renforcement du tarif extérieur commun” (Parti socialiste, 1er juillet). “Taxer les entreprises qui délocalisent les emplois et taxer leurs produits lorsqu’elles les réimportent” (Ségolène Royal, 13 octobre). “Un chemin équilibré entre protection et protectionnisme” (Nicolas Sarkozy, 9 novembre) ; étudier “le principe d’une taxe carbone sur les importations de produits industriels en provenance des pays qui refuseraient de s’engager en faveur du protocole de Kyoto” (Dominique de Villepin, 13 novembre). Il flotte décidément sur cette précampagne un étrange et consensuel parfum de protectionnisme.
Qu’on nous comprenne bien : évoquer la rétorsion commerciale peut être nécessaire pour contrer des comportements déloyaux ou pour amener tel ou tel partenaire à prendre sa juste part à la solution de problèmes globaux. Mais la fonction d’un scrutin présidentiel est de fixer le cadre des politiques à venir. L’invocation répétée de solutions protectionnistes conforte l’opinion dans la croyance que la réponse aux tensions suscitées par la mondialisation est dans la construction d’une ligne Maginot économique et installe l’idée que le prochain président (ou présidente) aura pour mandat de l’édifier.
Ces propos répondent à une attente. Selon un sondage récent, les Français sont, parmi tous les Européens, les plus angoissés par la mondialisation : 72 % y voient d’abord une menace pour l’emploi et les entreprises du pays. Pourtant, les partis de gouvernement s’interdisaient jusqu’ici d’envisager en réponse un recours à l’attirail protectionniste, laissant ce thème à l’extrême droite et à l’extrême gauche. Ils se gardaient de promouvoir des solutions dont la mise en oeuvre opposerait le pays à ses partenaires européens ou le mettrait en contradiction avec ses engagements internationaux.
Ce n’est pas toujours par conviction que les dirigeants politiques français se retenaient de céder à la tentation. Notre classe politique n’a jamais été adepte du libre-échange. Toutefois, l’engagement européen et les règles multilatérales faisaient office de surmoi. A gauche, mais aussi à droite, la victoire du non au référendum a fait sauter le tabou européen et avivé la recherche de réponses nationales. Quant aux digues multilatérales, elles viennent de céder avec la mise en sommeil des négociations à l’OMC et l’évolution américaine. Les pointages indiquent que les nouveaux membres du Congrès sont plus isolationnistes que leurs prédécesseurs, qui s’étaient déjà illustrés en bloquant des investissements étrangers et en montrant une grande réticence à ratifier des accords commerciaux régionaux.
Tout est donc en place pour que le mouvement s’amplifie d’ici à l’élection présidentielle et le risque est réel que celle-ci soit l’occasion, en France, d’un virage isolationniste. Une telle évolution serait très grave, pour plusieurs raisons.
Nous n’arrêterons pas, d’abord, la mutation mondiale qui s’est engagée. Celle-ci n’est pas affaire de règles commerciales mais d’aspirations. La Chine, l’Inde et d’autres pays émergents veulent accéder à la prospérité économique et ont choisi pour cela de s’inscrire dans la division internationale du travail. On peut critiquer leurs comportements sociaux ou environnementaux et leur demander d’y mettre fin, vigoureusement si besoin. Mais ne croyons pas une seconde que l’élimination des pratiques contestables changerait fondamentalement les termes de la concurrence mondiale. La montée de la Chine ne s’explique pas par la répression des syndicats ou l’indifférence à l’égard des dégâts environnementaux. Propager cette idée entretient l’aveuglement.
Deuxièmement, les lignes Maginot ont toujours le même effet : créer l’illusion de la sécurité et retarder les vraies réponses. Historiquement, le seul protectionnisme qui ait donné des résultats a été offensif, et tous les pays qui ont voulu s’abstraire des changements du monde l’ont payé au prix fort. Suggérer que la réponse aux délocalisations est dans la protection, c’est faire croire que la France pourra prospérer en conservant ses industries traditionnelles. Il suffit de regarder de l’autre côté du Rhin pour comprendre combien c’est illusoire : depuis cinq ans, l’industrie allemande s’est profondément réorganisée sur la base d’une délocalisation massive, bien plus rapide et prononcée qu’ici. Résultat : l’emploi industriel n’a pas souffert davantage, mais l’Allemagne est redevenue le premier exportateur mondial.
Rappelons en outre que taxer à l’importation des produits qui ne sont plus fabriqués dans le pays a comme seul effet d’en faire monter les prix ; et qu’interdire les délocalisations aux entreprises françaises leur ferait simplement perdre leur compétitivité par rapport aux autres entreprises européennes qui y ont recours.
Troisièmement, le problème actuel de l’économie française n’est pas qu’elle importerait trop ou délocaliserait trop. Il ne réside pas davantage dans le coût du travail ou dans le fardeau de l’euro. D’autres pays proches font mieux dans les mêmes conditions. Notre problème tient à la dégradation de nos performances à l’exportation, faute d’une offre compétitive suffisante en qualité et en quantité et d’efforts trop timides envers les nouvelles zones de croissance du monde. Pendant dix ans environ, ce problème a été masqué, par la faiblesse de l’euro puis par les difficultés de l’Allemagne. Il apparaît en pleine lumière aujourd’hui. C’est ce problème qu’il faut traiter, et rien dans l’attirail protectionniste n’y offre le début d’une réponse.
Quatrièmement, ce qui est un drame à l’échelle d’un territoire ne l’est pas à l’échelle du pays. Il faut aider les victimes de la mondialisation, les indemniser, les requalifier, les réinsérer dans l’emploi, mais protéger des emplois condamnés aggrave le problème au lieu de le résoudre. La disparition sur notre territoire des industries traditionnelles ou des hautes technologies d’hier focalise l’attention, mais la France et l’Europe sont en fait mieux placées dans l’échange international que les Etats-Unis : elles exportent des produits intensifs en capital que les pays émergents ne produisent pas en grandes quantités, et sont relativement faibles dans les biens de consommation technologiques où ces pays concurrencent les Etats-Unis. Elles exportent donc des biens très demandés qui bénéficient de la croissance mondiale et ont à gagner au processus de spécialisation internationale.
Il y a évidemment matière à débat sur la réponse à apporter aux mutations. Faut-il investir davantage de fonds publics dans la recherche et l’enseignement, et comment obtenir ces fonds ? Pour stimuler l’innovation, faut-il plus ou moins de concurrence ? De quels acteurs financiers avons-nous besoin pour faire naître des Google européens ? Faut-il déréglementer le marché du travail ? Peut-on adapter en France le modèle danois de flexsécurité ? Faut-il accepter, et même favoriser, une concentration des activités sur le territoire ? Comment remédier à l’absence de croissance des PME, autre particularité française ?
Pour des candidats soucieux de l’avenir, voilà de bons terrains d’affrontement entre visions et solutions. Mais de grâce, qu’ils nous épargnent la dangereuse diversion protectionniste.
Patrick Artus, Elie Cohen, Jean Pisani-Ferry sont économistes et membres du Conseil d’analyse économique.
Article paru dans l’édition du 06.12.06
La Chine “devrait se hisser cette année au second rang mondial en matière de dépenses de recherche et développement (R & D), derrière les Etats-Unis, mais devant le Japon, selon un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) publié lundi 4 décembre.
Les dépenses chinoises en R & D devraient se chiffrer à 136 milliards de dollars (103 milliards d’euros) fin 2006, soit une progression de 20 % par rapport à 2005. Les investissements en R & D atteindraient 130 milliards de dollars au Japon, les Etats-Unis continuant de caracoler loin devant, avec 330 milliards de dollars. L’Union européenne - à 15 - devrait affecter un peu plus de 230 milliards de dollars à la R & D. (source Le Monde, 5/12/2006)
Y a-t-il une meilleure preuve du fait que la Chine ne va pas se transformer en “usine du monde” mais qu’elle compte au contraire remonter une à une toutes les marches de la valeur ajoutée : contrairement aux théories classiques du libre échange, la Chine ne se spécialise pas. Il est vrai qu’elle a la main d’oeuvre adéquate pour être la meilleure aux deux extrémités du spectre économique : l’assemblage à faible valeur ajoutée et la recherche appliquée (bientôt fondamentale). Cet exemple parmi d’autres montre qu’il faut penser le monde et les relations économiques entre les grands blocs régionaux différement. En arrêtant de croire que nous serons les éternels gagnants de la mondialisation. En comprenant que les milieux populaires et aujourd’hui les classes moyennes sont percluses d’anxiété face à la mondialisation qui ne leur laisse que très peu d’espoir.
Et le problème n’est pas spécifique aux Français ou aux pays développés. Selon un rapport de la Banque mondiale cité par Le Monde (5/12/2006), ” ” Plus de la moitié des pauvres en Chine ne vivent plus dans des villages officiellement désignés comme zones de pauvreté. 70 % des plus bas revenus de Chine ont vu leur pouvoir d’achat baisser ces dernières années. ” Entre 2001 et 2003, si l’on en croit les chiffres de la Banque mondiale, les 10 % des Chinois les plus pauvres se sont ainsi appauvris. De plus, si les plus démunis se trouvent aujourd’hui partout dans le pays, la pauvreté reste malgré tout un problème paysan.
Ainsi, le taux de croissance de 10 % annuel depuis le début du siècle s’est traduit par à une décroissance de 2,5 % du revenu de ces 10 % de Chinois les moins riches. Sur 1, 3 milliard d’habitants, 130 millions de personnes survivent avec moins de 1 dollar par jour (contre 377 millions en 1990). Résultat, le produit national brut (PNB) de la République populaire ne cesse d’augmenter et la classe moyenne supérieure ne cesse de s’enrichir au détriment de ceux qui ne cessent de s’appauvrir…
Cette réalité a deux conséquences: la première, c’est que la masse des travailleurs chinois exploitables à merci est telle qu’avant que les salaires commencent à augmenter, le chemin sera très long. Avec les conséquences que l’on image sur les travailleurs peu qualifiés en Europe : leurs salaires n’augmenteront pas et le chômage augmentera, sauf si les salaires baissent sensiblement (comme aux Etats-Unis). Deuxième conséquence, le libre échange dont on vante la contribution à la croissance mondiale échoue au sein même des pays qui ont la plus forte croissance à créer de la cohésion sociale.
Enfin, il faut rappeler que les grands bénéficiaires de la croissance chinoise sont les entreprises étrangères qui ont délocalisé en Chine pour produire à moindres coûts : environ 60 % des exportations chinoises sont le fait d’entreprises américaines, européennes ou japonaises essentiellement.
Une seule solution donc : le protectionnisme européen !