Archive pour octobre 2006

Vers la disparition des classes moyennes ?

Posté dans Evolutions sociales le 16 octobre 2006

Une interview du patron de BMW, Norbert Reithofer, (Le Monde, 30 septembre 2006) donne une illustration on ne peut plus parlante des phénomènes sociaux qui sont en train de se jouer : “L’industrie automobile est en train de subir une profonde mutation : pendant des années, le marché était organisé selon une structure pyramidale. La base, large, était composée de voitures abordables, le sommet, très étroit, de véhicules haut de gamme et entre les deux subsistait un marché de milieu de gamme. Cette structure est en train d’être complètement bouleversée. Aujourd’hui on se dirige vers une structure en forme de sablier, composée de deux marchés dominants : les voitures d’entrée de gamme et le «premium», c’est-à-dire le haut de gamme. Le marché du milieu de gamme, lui, se retrouve pris en étau et se rétrécit à vive allure.”

Ce n’est bien sûr pas l’industrie automobile la cause de ces changements mais bien l’évolution des sociétés européennes : plus une économie est ouverte sans protection, plus il y a des phénomènes de spécialisation, avec leur lot commun de gagnant et de perdant. Les gagnants seront ceux qui sont compétitifs sur le marché mondial, les perdants ceux qui ne le sont pas. C’est simple et clair. Et, en caricaturant un peu, on pourrait dire que les gagnants pourront acheter un BMW alors que les perdants qui roulaient hier avec une berline moyenne devront bientôt se contenter d’une Logan.

Pierre-Noël Giraud a écrit un excellent livre sur ce sujet il y a déjà 10 ans, L’économie des inégalités. J’analyse dans L’avenir d’une exception ces évolutions en détail en essayant de comprendre comment on a pu faire croire que “l’inégalité pouvait être protectrice” et comment il faut chercher des vraies protections collectives, adaptées à l’évolution du monde.

Au delà de l’anecdote, cette évolution sociale est au coeur de la prochaine élection présidentielle avec une question évidente mais rarement posée : de quelle société veut-on ?